1962 * 1981

1962
Bob Marley, alors âgé de 16 ans, fait ses premiers enregistrements pour le label de Leslie Kong Beverly. Son premier 45 tours contient deux morceaux qu’il a composés, “Judge not” et “Do you still love me”. Son deuxième disque, une reprise du hit country & western de Claude Grey “One cup of coffee” de 1961, sort sous le pseudonyme de Bobby Martell imposé par Kong. Un titre supplémentaire, “terror”, est enregistré mais ne sortira jamais. Les deux disques sont un échec et Bob retourne faire ses classes dans la cour d’immeuble du chanteur de Trench Town Joe Higgs, qui lui, a réussi et enseigne le métier à Marley. Là, il fait équipe avec un jeune homme auprès duquel il a été élevé comme un frère, Bunny Wailer. Peter Tosh, Junior Braithwaite et une jeune fille du nom de Beverley Kelso suivront le même appretissage pendant près de deux ans.

1963
En décembre 1963, Higgs déclare que les Wailers, qui viennent de choisir leur nom, sont prêts à auditionner devant le producteur le plus estimé de la Jamaïque, Clément “Sir Coxson” Dodd, de Studio One. Dodd les signe et lançe aussitôt leur carrière avec “Simmer down”. Le titre devient immédiatement numéro un et vendra 80.000 exemplaires. Dodd leur promet à chacun un salaire de trois livres sterling par semaine et des costumes neufs à chaque représentation.

1964
Avec les légendaires Skatalites comme orchestre d’accompagnement, les Wailers sortent des disques presque sans discontinuer pendant un mois, dont les premiers titres chantés par Peter Tosh “Hoot nanny hoot” et “Mama dog”. Ils reprennent “Go Jimmy go” de Jimmy Clanton et “Teeanger in love” de Dion & The Belmonts. Cette année-là, les Spirituals comprennent “Amen”, “habits” et “Wings of a doves”. C’est l’époque des premiers enregistrements de leurs classiques ska “It hurts to be alone” chanté par Junior Braithwaite, et “There she goes”. Bob aide Coxson à auditionner et former de nouveaux chanteurs dont un trioappelé les Soulettes. Rita Anderson, de ce groupe, forme un duo avec Bob le temps de “Oh my darling”. Les Wailers font parfois de la scène mais se concentrent sur les répétitions quotidiennes pour parfaire leur son, influencé en particulier par le style harmonique des Impressions. Ils enregistrent également des choeurs pour la superstar Jackie Opel et le jeune Delroy Wilson.

1965
Junior Braithwaite part pour les États-Unis, et Beverly Kelso quitte le groupe à cause du désir implacable de Bob d’atteindre la perfection. C’est la sortie des premiers enregistrements de “One love”, “Rude boy”, “I’m still waiting”, “I’m gonna put it on”, et “Cry to me”. Ils font à nouveau les choeurs de Jackie Opel, et ceux de Lee Perry et Leonard “The Ethiopian” Dillon. Les Wailers sortent des reprises de “And I love her” des Beatles, “Like a rolling stones” de Bob Dylan “What’s new pussycat” de Tom Jones, et du standard “White Christmas” d’Irvin Berlin. À la finde l’année, ils ont cinq titres classés simultanément dans le top ten. Mais Coxson ne leur donne qu’une prime de 90 livres pour tous leurs hits.

1967
Une année en vitesse de croisière pour le groupe, durant laquelle les Wailers ouvrent une petite boutique à Kingston. Bob livre les disques de leur label à bicyclette autour de l’île. Bunny est mis en prison à tort de juin 67 à septembre 68 pour détention de ganja. Peter enregistre “Funeral”, “Hammer”, “Stepping razor”. Bob chante le prophétique “Pound get a blow” et peu après, la livre est dévaluée. Les Wailers obtiennent de relatifs succès avec la plupart de leurs productions, mais sont incapables de parvenir à stabiliser leur label.

1968
L’homme d’affaire afro-américain Danny Sims et son associé le chanteur Johnny Nash débarquent en Jamaïque et signent Bob et Peter comme auteurs. Ils acceptent d’être les managers des Wailers. Sim refond plusieurs des meilleurs chansons des Wailers dans des arrangements pop sirupeux, et les sort face à un public désintéressé. Il pousse Marley à enregistrer le ridicule “Milkshake and potato chips” pour essayer de toucher le marché adolescent américain. Les Wailers se branchent sur d’autres producteurs comme Prince Buster, Randy’s, le soi-disant rasta Mortimer Planner, et aussi sur “Dutchman” ted Powder qui enregistre “Wisdom” (également sous le nom de “’Fools die” et “Lips of the righteous”).

1969
Découragés par leur incapacité à produire des hits solides, les Wailers font une apparition d’adieux acoustiques à la télévision Jamaïcaine, et comme leurs homologues hippies dans le reste du monde, se retirent à Nine Mile, la ville du nord où Bob est né. Là, ils produisent leur propre nourriture et vivent en communauté, mais ils continuent à composer. En août, Rita et Bob rendent visite à la mère de ce dernier dans le Delaware. Là, Bob annonce en prophète à un ami, Ibis Pitts, “je mourrai à l’âge de 36 ans”. La nuit qui précède Woodstock, Bob et Ibis restent debout toute la nuit à faire des colliers de perles pour vendre au festival. Ils rentrent en septembre à la demande de Leslie Kong, le premier producteur de Bob, qui est devenu millionaire grâce aux ventes de titres tels que “My boy lollipop” et “The Israelites”. Les Wailers enregistrent le premier véritable album reggae (et non une série de simples), “The best of the Wailers”, un ensemble de chansons construit comme un laïus d’encouragement à eux-mêmes. Benny enjoint Kong de ne pas donner ce titre à l’album, et précise que quelqu’un ne connait jamais le meilleur de soi avant la fin de sa vie. Puisque les Wailers sont en bonne santé, cela doit vouloir dire que le jeune Kong n’a plus longtemps à vivre. Kong ne prend pas l’avertissement au sérieux, sort l’album sous ce titre, et une semaine plus tard tombe raide mort. Bob écrit “Coma, coma” qui devient un hit international pour Johnny Nash. En novembre, les wailers travaillent avec Lee “Scratch” Perry et les Upsetters, et enregistrent leur première chanson ensemble, une reprise de James Brown “My cup”, de même que “Small axe”, “Duppy conqueror”, et d’autres.

1970
L’époque Lee Perry durera juste sept mois, jusqu’à juin, produisant ce que beaucoup considèrent comme le meilleur travail en trio de la carrière des Wailers, appuyé par l’équipe rhytmique des Upsetters des frères Barrett, Aston “Family Man” à la basse et Carlton à la batterie. Ils enregistrent des classiques tels “Soul rebel”, “400 years”, “No Sympathy”, “kaya”, “Brand New Second hand”, “Mr Brown”, “Dreamland” et “African herbsman”. Ils décident en accord avec Lee Perry que tous les bénéfices de vente de leurs disques seront partagés 50/50. Perry transgresse presque aussitôt cet accord. Il vend leurs bandes à Trojan en Angleterre, qui les publie sous les noms d’albums “Soul rebels”, “African Ferbsman”, et “Soul Revolution Part II”. Mais les Wailers n’en toucheront jamais un centime. Furieux, ils lancent un nouveau label, Tuff Gong, le nom donné à Bob par ses frères du ghetto. Ils persuadent les frères Barrett de quitter Perry et devenir membres des Wailers à part entière. Peter enregistre plusieurs simples solo, instrumentaux ou avec paroles, pour Joe Gibbs, dont “mama Dog” et “Them a Fi Get a Beaten”.

1971
Les Wailers s’auto produisent et débutent une nouvelle série de hits locaux dont “Screw Face”, “trench Town Rock”, “Concrete Jungle”, “Guava Jelly” (également enregistrés avec succès par barbara Streisand et Johnny Nash) et “Lively Up Yourself”. Bob se rend en Suède pour aider Nash à composer la bande son d’un film dans lequel il joue. Peter fait une reprise de “Here Comes the Sun”, et sort aussi “Once Bitten” et “Arise Blackman Arise”.

1972
Bunny lance son propre label Solomic, et sort “Search For Love”. Bob est appelé en Angleterre pour une tournée de Nash dans laquelle ce dernier gagne l’étiquette de “Roi du reggae”. Bob appele Peter et Bunny, et, en tant que Wailers, ils soufflent la vedette sur scène à Nash. Désespéré, il annule les autres dates de sa tournée. D’une dernière session avec Danny Sims naît le simple “Reggae on Broadway” (album “Chances Are” chez WEA, le seul mauvais disque de sa carrière), un échec retentissant. Sims abandonne les Wailers en tant que groupe de scène et s’arrange pour que leurs contrats soient achetés par un millionnaire jamaïcan blanc, Chris Blackwell. Sa compagnie Islands records réédite des titres jamaïcains depuis 1961, y compris les travaux de jeunesse de Bob et les premiers disques des Wailers. Blackwell leur offre 8.000 livres pour l’enregistrement d’un album, “Catch a Fire”, qu’ils terminent en moins d’un mois.

1973
Les critiques de “Catch a Fire” sont enthousiastes et l’annoncent comme le chef-d’oeuvre de ces nouveaux sons venus de l’île. Les Wailers donnent des concerts chargés d’émotion sur les ondes de la BBC, et ouvrent pour Bruce Springsteen au Max’s Kansas City de New York. Le groupe enregistre un second album “Burnin”, de dernier du trio. Durant l’hiver 72-73, les Wailers travaillent chaque jour en Angleterre pendant trois mois, en studio ou en concert, et à la fin de cette période, ils reçoivent chacun 100 livres. Bunny quitte le groupe pour poursuivre une carrière solo et jure de ne jamais retourner à Babylon. En octobre, Bob et Peter commencent une tournée américaine avec Sly and The Family Stone (Joe Higgs y remplace Bunny Wailer) mais Sly les renvoie après cinq spectacles car ils ne sont pas la même longueur d’onde que le public. À la fin de l’année, Peter Tosh quitte aussi le groupe, à cause de la manière dont Island Records le traite. Le futur des Wailers semble plutôt sombre.

1974
C’est un moment de réformation pour le groupe. Bob garde le noyau de la section rythmique des frères Barrett comme ses musiciens. Il entame sa carrière solo sous le nom de Bob Marley and the Wailers. Il remplace Peter et Bunny par un trio de chanteuses qui ont du succès enJamaïque, les I-Threes : Marcia griffiths, Judy Mowatt et Rita Marley. L’album qui en résulte, l’extraordinaire “Natty Dread”, est son passeport pour le succès, considéré comme une oeuvre militante d’une ferveur révolutionnaire sans compromis. Peter lance son propre label Intel-Diplo H.I.M. (Intelligent Diplomat for His Imperial Majesty), et sort “What You Gonna Do”, “Burial”, et “Ketchy Shyby” entre autres.

1975
Bob entame une tournée mondiale et joue une série de dates mémorables au Lyceum Theatre de Londres, d’où est tiré l’album “Live”. Il fait sa première apparition télévisée sur CBS dans l’émission “Manhattan Transfer Show” où il chante “Kinky Reggae”. Il joue au Roxy à Los Angeles devant un public rempli de vedettes de l’industrie musicale, qui dansent sur les tables. En Europe, Bob est acclamé comme une superstar. “Jah Live”, un démenti musical de la mort d’Haïlé Sélassié en Éthiopie, est enregistré, ainsi que “War”, une version du discour prononcé par Haïlé Sélassié aux Nations Unies. À partir de ce moment, Bob s’est mué d’une rock star sexy en une sorte de shaman à la morale irréprochable, dont les paroles ont une répercussion politique internationale.

1976
“Rastaman Vibration” devient le seul album de Bob à entrer dans le top ten aux États-Unis, et se vend à des millions d’exemplaires dans le monde entier. Il joue dans les principales grandes salles européennes et affiche toujours complet. À la fin de l’année, en Jamaïque on a l’impression que le soutien apporté par Bob à un candidat aux élections nationales pourrait influencer les résultats en sa faveur. Le premier ministre socialiste de Jamaïque, Michael manley demande à Bob de tenir la tête d’affiche d’un concert non politisé, pour l’unité nationale, dont le nom serait celui de son tube “Smile jamaïca”. Par peur d’être associé à un mouvement politique, il refuse. Mais sous la pression, Bob finit par accepter à contrecoeur. Aussitôt il fait l’objet de menaces de la part de l’extrême droite, le parti d’opposition d’Edward Seaga. deux nuits avant le concert, plusieurs hommes armés font irruption dans sa maison au 56 Hope Road à Kingston et blessent Bob, sa femme et son manager Don Taylor. Deux nuits plus tard, Bob se présente devant 80.000 personnes au heroe’s Park Circle. Il donne un concert vibrant d’émotion à l’issue duquel il montre ses blessures à la foule. Puis il quitte l’île; pour un exil de 14 mois.

1977
Bob passe la majeure partie de cette année à Londres. Il vit avec Miss Monde en titre, Cindy Breakspeare. Il enregistre assez de morceaux pour deux albums, “exodus” et “kaya”, et se prépare à s’embarquer pour ce qui sera sans doute la plus grande tournée reggar de l’histoire. En mai, à Paris (dans un match Wailer-showbiz) un footballeur français marche sur le pied de Bob. Le médecin qui l’examine découvre que Bob a une tumeur, et recommande l’amputation. Bob accomplit la partie européenne de la tournée avec un concert filmé au rainbow à Londres, mais il annule le reste du voyage fin juin pour suivre un traitement médical. Il se fait amputer d’une partie de son gros orteil droit en espérant que ça arrêtera la diffusion de la maladie. La sortie d’Exodus est accueillit par des critiques mitigées qui trouvent que Bob s’est assagi depuis la tentative de meurtre dont il a été victime.

1979
Bob apporte le reggae à des pays qui n’ont jamais entendu cette musique live, comme le japon, la Nouvelle Zélande et l’Australie. Son nouvel album “Survival” est accueilli avec enthousiasme comme le retour à ces racines militantes les plus profondes. Il donne un concert au stade de Harvard à Boston pour réunir les fonds pour les African Freedom Fighters, et prononce trois discours sur la reconnaissance de Rasta comme Dieu tout puissant, la légalisation de la marijuana, et l’unification de l’humanité. Son spectacle ce jour-là est probablement l’un des plus forts de sa vie, et des bribes de ses déclarations impromptues seront plus tard incluse dans sa ballade sans équivoque “Redemption Song”. Mais ses proches sentent une lassitude et une fatigue permanente. Les traits de Bob sont tirés et trahissent la souffrance.

1980
Le roi du Gabon invite Bob à jouer à Libreville en janvier, pour un des deux seuls concerts qu’il donnera en Afrique. Le second est historique : le 17 avril, Bob participe aux célébrations de l’indépendance du Zimbabwe et dépense personnellement plus de 250.000 dollars pour faire venir son groupe. Au cours de l’été, il tourne en europe et la critique l’incense pour son album “Uprising”. Il joue devant plus de 100.000 personnes à Milan, dans un stade de football où le pape est venu quelques semaines plus tôt. Bob se surpasse. En septembre, il commence la partie américaine de la tournée en ouverture des Commodores au Madison Square Garden. Il est soucieux de toucher un public afro-américain qui lui a toujours échappé. Le lendemain, Bob s’évanouit dans Central Park. Les médecins lui apprennent que le cancer dont il souffre s’est étendu aux poumons et au cerveau, et déclarent qu’il n’a plus que quelques semaines à vivre. Cependant, il prend l’avion pour Pittsburgh et donne son dernier concert au Stanley Theatre le 23 septembre, puis retourne à New York se faire soigner. Là, les médecins abandonnent fin octobre.

1981
Le docteur Issels maintient Bob en vie pendant plusieurs mois, mais début mai il lui annonce qu’il n’y a plus d’espoir. Bob part pour la Jamaïque, mais ne parviendra qu’à Miami, où sa mère habite. Le lundi 11 mai au matin, Bob meurt entouré de sa famille. Ses dernières paroles à son fils Ziggy sont : “l’argent ne fait pas la vie”. La Jamaïque est sous le choc : même le parlement suspend ses séances pour dix jours. Le 21 mai, des funérailles nationales ont lieu avec Edward Seaga, récemment élu premier ministre. Ironie du sort, c’est lui qui fait l’éloge funèbre de Bob. La foule la plus importante de l’histoire des Caraïbes observe le départ de la dépouille de Bob pour sa terre natale à Nine Miles, St Ann. Maintenant que Bob est mort et ne peux plus lui nuire, Seaga émet sept timbres postaux à son effigie et érige une statut à sa mémoire. Le quartier général de Bob au 56 Hope Road devient le musée Bob Marley.

Petit Glossaire


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